Les tableaux

Il faut féliciter le conseil municipal de l’époque et son maire, M.Ferry Auguste, d’avoir compris l’intérêt que présentaient ces peintures et de les avoir conservées à la ville dont elles rappellent le passé. Elles furent tout de suite placées dans le grand salon de l’Hôtel de Ville. Ca devait être la première pierre de la constitution d’une sorte de petit musée local. Malheureusement 50 ans plus tard, ces tableaux sont toujours seuls.

D’une valeur artistique modeste, ces tableaux sont néanmoins extrêmement précieux par le témoignage qu’ils nous apportent sur la vie du Vieux Raon, le travail et le commerce des bois au XVIIIe siècle. Aucun d’entre eux n’étant signé, il ne nous est pas possible d’en connaître l’auteur. Quelques détails techniques nous permettent de supposer que ce peintre amateur pratiquait la peinture sur faïence, (probabilité renforcée par la proximité des grandes faïenceries lorraines : Saint Clément, Lunéville) qu’il possédait un amour indiscutable de la nature en général et de la forêt en particulier, qu’il avait un sens aigu de l’observation, du détail. Il a peint ce qu’il voyait sans laisser de place à sa fantaisie ou son imagination, nous léguant ainsi une œuvre d’une indiscutable précision.

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Pas plus que le nom de l’artiste, nous ne connaissons la date exacte d’exécution. En observant le tableau représentant une rue de Raon à cette époque, il est possible cependant de les situer dans le temps. Sur cette peinture figure l’actuel Hôtel de Ville dont l’adjudication des travaux fut faite en 1733 et la probable réalisation vers 1750. Sur ce même tableau, le peintre s’est représenté au premier étage d’une maison, la palette à la main. Cette maison se trouvait Grande Rue, aujourd’hui rue Jules Ferry. Elle est encore reconnaissable de nos jours par une plaque portant les mentions « IMEC 1687 ».

Elle appartenait alors au sieur Nicolas Benoit PETIT, personnage fort riche, au mauvais caractère (une ordonnance des officiers de l’Hôtel de Ville défendait à toute personne de faire « aucune insulte à PETIT, imbécile qui se courrouce facilement », sous peine de 5 francs d’amende), et détesté de ses concitoyens. Il s’était attribué des titres pompeux tel « conseiller du Roi », « Echevin trésorier ». Son acte de décès le précise petit commerçant, petit-fils et fils de boucher, lui-même boucher et cabaretier. Ceci n’est pas tout à fait exact car il fut un très gros commerçant de bois. Grâce à de puissants protecteurs, tels les Princes de Salm, il passa outre les protestations des Cordeliers, des riverains, du maire et des officiers de l’Hôtel de Ville et fit construire une scierie au lieu dit « l’Avotte » (confluent de la Plaine et de la Meurthe). Cette scierie fut détruite à la Révolution. Très riche, PETIT voulut avoir sa galerie de tableaux. Etant fier de sa profession, il la fit représenter sur toutes les peintures. Né le 4 septembre 1725, Nicolas Benoit PETIT mourut le 6 décembre 1780 à l’âge de 55 ans. C’est donc à lui que nous devons l’idée de ces tableaux.

A partir de ces deux données (construction de l’Hôtel de Ville vers 1750, mort de PETIT 1780) nous pouvons donc situer sans grand risque d’erreur l’exécution de ces 10 œuvres au moment du rattachement de la Lorraine à la France en 1766.

Encastrés dans les boiseries de cette maison, les tableaux verront successivement comme habitants et propriétaires Sébastien Fabre, François Louis Lejeune (avocat), Charles Bretzner (boucher), Mercier (marchand tanneur), la famille Lafarge, Adelphe Muller (faïencier et maire de Raon). C’est la fille de ce dernier, épouse de Charles Andrez qui en décida la vente à la commune de Raon l’Étape.

Pont Bailey